Côté chaire côté rue

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2 – Première période (1517-1555) : une Réforme « zwinglienne »

A la fin des années 1520, un ensemble de circonstances favorise la diffusion des nouvelles idées religieuses en Suisse romande. Favorable dès 1522 à une prédication centrée sur le commentaire évangélique, Berne suit le mouvement de Réforme initié à Zurich par Uldrich Zwingli et finit par rejeter la messe en 1528. A partir de l’année suivante, Berne travaille par conséquent à promouvoir une prédication « évangélique » en direction du Pays de Vaud et de Genève, sur lesquels s’étendent ses ambitions d’expansion territoriale.

Des marchands et artisans faisant partie de l’élite dirigeante de Genève cherchent à cette époque à rapprocher leur ville des Confédérés – projet qui les fait désigner comme « Eidguenots » (Eidgenossen). Fribourg et Berne constituent en particulier pour ce milieu un modèle de gouvernement républicain et la meilleure garantie d’une protection contre le duc de Savoie qui tente d’affirmer sa souveraineté sur Genève. Après plusieurs années de lutte entre les « Mamelus », partisans du duc de Savoie, et les Eidguenots, ces derniers l’emportent et parviennent à conclure en 1526 avec Fribourg et Berne une alliance, ou « combourgeoisie », qui assure à la ville un secours militaire en cas d’attaque savoyarde.

Cette alliance facilite la diffusion des idées zwingliennes à Genève. Dès 1532, avec le soutien de Berne, le prédicateur dauphinois Guillaume Farel devient le principal promoteur de ces idées. Il est aidé par d’autres prédicateurs, dont Antoine Froment puis Pierre Viret, et plus largement, par des bourgeois qui se transforment en militants de la Réforme. Prédications dans des espaces privés puis publics, mise en circulation d’imprimés, abstention des obligations rituelles liées au calendrier liturgique traditionnel, célébration séparée des sacrements, perturbation des cultes catholiques et harcèlement du personnel ecclésiastique forment la base de leurs moyens d’action. Cette stratégie donne rapidement des résultats. Le Conseil des Deux-Cents suspend la célébration de la messe le 10 août 1535. Le Conseil général rend cette décision irréversible le 21 mai 1536.

Genève passe ainsi définitivement à la Réforme, tout en consolidant son alliance avec Berne. La majorité du clergé catholique quitte la ville. L’urgence est alors à la construction d’une Eglise réformée. C’est pour le seconder dans cette entreprise, que Farel retient Calvin, de passage dans la ville durant l’été 1536. Ils tentent de jeter les bases de cette Eglise en faisant adopter en janvier 1537 des « Articles » qui lui donnent une sorte de constitution et en s’efforçant d’obtenir de tous les citoyens une prestation de serment pour garantir l’unité religieuse. Cette première tentative échoue cependant devant l’opposition d’une partie des citoyens. Elle se termine par l’exil des deux prédicateurs en 1538.

De retour en 1541 à la faveur d’un renversement de majorité dans les conseils, Calvin parvient à négocier avec les magistrats des Ordonnances ecclésiastiques qui constituent le fondement juridique de l’Eglise réformée de Genève pour toute la durée de l’Ancien Régime et une source d’inspiration pour les nombreuses Eglises réformées.

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Transcription du document CH AEG R.C. 29 f. 112-113

 

Adoption de la Réforme en Conseil général
21 mai 1536

Dimenche vingt et ung de may 1536

C. Savoye

Est. Chap. Rouge

A. Porral

He. Levet, sindicques

Hud. du Mollard, M. Sept, Jehan Cocquet, Francoy Favre, Do. Darlod; A. Bandire, A. Chappeaulx Rouge, B. Messeri, M. Morel.

Le Conseil General, en Cloistre

Jouxte la resolution du Conseil Ordinaire, est esté assemblé le General au son de la clouche et à la trompete, ainsy qu’est de coustume. Et par la voye de monsr Claude Savoye, premier sindicque, est proposé l’arrest du Conseil Ordinaire et de Deux Centz touchant le mode de vivre. Et après ce, aulte voix est esté demandé s’il y avoit aulcungs qui sceusse et volsisse dire quelque chose contre la parolle et la doctrine que nous est en ceste cité precchee, qu’il le dyent et à scavoir si trestous veulent pas vivre selon l’evangille et la parolle de Dieu, ainsy que dempuys l’abolition des messes nous est esté presché et se presche tous les jours, sans plus aspirer ny voloir messes, ymaiges, ydoles ny aultres abusions papalles quelles qu’elle soyent. Sur quoy, sans point d’aultre voix qu’une mesme, est esté generalement arresté et par elevation des mains en l’air conclud, et à Dieu promys et juré, que trestous unanimement, à l’ayde de Dieu, volons vivre en ceste saincte loix evangellicque et parolle de Dieu, ainsyn qu’elle nous est annuncee, veuillans delaisser toutes messes et aultres  ceremonies et abusions papales, ymaiges et ydoles, et tout ce que cela porroit toucher, vivre en union et obeissance de justice.

Adoption de la Réforme le 26 mai 1536CH AEG R.C. 29, f. 112-113.


Transcription: Registres du Conseil de Genève, Publiés par la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, Genève, 1900-1940, T. 13: Du 3 juillet 1534 au 23 mai 1536, pp. 576-577.