Côté chaire côté rue

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18 – Troisième période (1575-1617) : la confessionnalisation

 

Troisième période (1575-1617) : la confessionnalisation au temps de Théodore de Bèze

La période comprise entre 1555 et la fin des années 1560 est considérée comme celle du triomphe de Calvin et de l’apogée de son Eglise, au cours de laquelle une Réforme spécifiquement calviniste parvient à maturité. La période suivante se signale par une normalisation progressive. Le dernier quart du siècle est marqué à Genève par des évolutions que l’on observe dans une grande partie de l’Europe. Cette période est décrite comme celle de la « confessionnalisation ». Elle se caractérise par un durcissement des identités confessionnelles et une collaboration plus étroite des autorités civiles et ecclésiastiques en vue de l’encadrement des sujets et des fidèles.

Ce renforcement des institutions répond aux difficultés auxquelles cette époque est confrontée : guerres de religion, épidémies de peste régulières et disette liée au refroidissement climatique. En conflit avec le duc de Savoie, Genève consolide en 1584 son alliance avec Berne et Zurich puis entre finalement en guerre ouverte avec le Duc de Savoie (1589-1593). La cité est frappée à quatre reprises par des flambées de peste (1568-1572, 1596-1599, 1615-1617, 1628-1631) qui font plus de 6000 victimes. A Genève comme ailleurs, la relance de la chasse aux sorcières constitue aussi un symptôme de cette crise.

Dans ce contexte, les magistrats concentrent le pouvoir en leur main au, portent des vêtements qui soulignent le prestige de leur fonction et exigent que l’on s’adresse à eux par des formules qui marquent leur distinction. Le gouvernement de la ville tend à devenir plus oligarchique.

Placée sous la direction de Théodore de Bèze, qui succède à Calvin en tant que modérateur et qui reste une figure tutélaire jusqu’à son décès en 1605, l’Eglise est également soumise davantage à l’autorité des magistrats. Les pasteurs et les professeurs de l’Académie systématisent alors la théologie réformée dans le cadre d’une orthodoxie étroitement définie et engagée dans des controverses sans fin avec les orthodoxies catholique et luthérienne. Leur discours moral se durcit également, tandis que rien ne bouge sur le plan des pratiques liturgiques.

« Je vous prie ne changer rien ne innover », avait lancé Calvin dans son discours d’adieux aux ministres. Ce mot semble valoir comme une sorte de règle générale pour l’Eglise qui se raidit à la fin du XVIe siècle dans une fidélité sourcilleuse à sa toute jeune tradition.

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Transcription du document CH AEG P.C. 1ère série 2032

 

Procès de Louise Gentil condamnée à être brûlée pour sorcellerie
2 mai 1610

Rapport des chirurgiens:

Suyvant le commandement de noz tres honorez seigneurs, ayant esté assemblez honeste Symon Tuffé et Daniel Noël, maîtres chirurgiens et envoyez en prison pour la visite de la Louyse Gentil, prisonnière pour crime de sorcellerie, pour recognoistre si ladite Gentil avoit en son corps quelques cicatrices ou marque diabolique comme auroit esté observé cy devant en autres […]. Ayant esté assermentez de s’en acquitter soigneusement et mesmement les parties secrettes et honteuses; lesquels auroient fait rapport avoir faic exacte recherche et n’avoir trouvé autre qu’une cicatrice entre ses cheveux de la teste où ils auroient fait entrer une grande espingle soit esquelle asses avant sans qu’elle s’en soit plainte, ayant les yeux bandez. Laquelle cicatrice ha toute apparence de telle marque.

Et au regard de son bras et espaules ils y ont recogneu grand alteration et extension ne permettant reiterer l’estrapade entiere telle qu’auparavant pour crainte de quelque prejudiciable et dangereuse ouverture.

Estant tel le rapport desdits prenommez chirurgiens faict au soubsigné ce 2e may 1610.

Procès pour sorcellerie (1610)CH AEG P.C. 1ère série, 2032


Transcription tirée de : Christian Broye, Sorcellerie et superstitions à Genève (XVIe-XVIIIe siècle), Genève, 1990.

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