Côté chaire côté rue

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3 – Les réformateurs de la première heure

Dès la fin des années 1520, des petits groupes de prédicants itinérants, pour la plupart d’origine française, sont engagés et soutenus par la ville de Berne comme « ministres » de la Parole. A l’exception de Guillaume Farel, originaire de Gap en Dauphiné, ancien professeur de grammaire et de philosophie à Paris, ces prédicants ne sont pas des théologiens de l’université et ont accompli d’autres formations. De diverses origines sociales, ils n’appartiennent pas aux élites locales : il y a des anciens clercs et des religieux sortis de leurs couvents, des hommes de lettres mais aussi des marchands, comme Baudichon de la Maison Neuve.

Les premières prédications clandestines ont lieu dans des espaces privés : un jardin, situé à l’extérieur des murailles, près de l’une des portes, les domiciles de l’un ou l’autre des militants de l’Evangile. Farel est épaulé par son compatriote Antoine Saunier, un homme de lettres emprisonné à Paris pour hérésie et devenu pasteur de Grandson et Payerne sous la protection des Bernois. Ils seront bientôt aidés par deux jeunes prédicants, Pierre Viret et Antoine Froment.

Pierre Viret est le seul réformateur romand du groupe. Né à Orbe d’un père tondeur de drap et tailleur, il rejoint le groupe de Farel à la fin de 1530 après ses études des arts libéraux à Paris. Il prêche à Orbe et à Genève puis s’installe à Lausanne comme pasteur.

Antoine Froment, originaire du Dauphiné, se présente comme maître d’école à Genève où il prêche un premier sermon à la place du Molard en 1532. Il exerce ensuite également une activité de marchand de vin. Son épouse Marie Dentière de Tournai, une ancienne nonne, participe également aux prédications évangéliques pour convertir les femmes genevoises et notamment les religieuses. Dès 1534 la propagande reçoit le soutien des magistrats. La Réforme est adoptée en mai 1536.Deux mois plus tard, un jeune savant picard, Jean Calvin, passe par Genève sur sa route pour Strasbourg. Farel le convainc de rester afin de soutenir l’action de construction religieuse. Cette entreprise se passe dans des tensions. Calvin et Farel sont finalement expulsés en 1538. Est alors nommé Antoine Marcourt, le premier pasteur de Neuchâtel, un ancien religieux d’origine picarde et auteur de nombreux traités contre la religion traditionnelle. Il démissionne en 1540, en raison des oppositions rencontrées dans son activité. Il ne sera pas réintégré par l’église de Neuchâtel dont Farel est désormais le principal responsable et il terminera ses jours dans la paroisse rurale de Saint-Julien en Genevois. Les Genevois appellent alors Viret, qui va finalement solliciter le retour de Calvin.

Farel, Viret et Froment sont reconnus à leur époque comme les principaux propagandistes de la Réforme et ce même par leurs opposants. Leur action se fait dans la collaboration avec plusieurs autres propagandistes des idées évangéliques, hommes et femmes. Toutefois, conflits personnels et tensions ecclésiastiques suscitent des divisions. Froment ne parviendra pas à se faire reconnaître dans son statut de réformateur ; son épouse Marie Dentière sera également critiquée par Farel et Calvin pour sa liberté de parole.

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