Côté chaire côté rue

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17 – Etrangers dans la cité: Genève, une ville de réfugiés pour cause de religion?

« Étrangers ». Ce mot, qui est employé fréquemment dans les sources institutionnelles pour dénoncer les responsables des problèmes d’ordre politique ou public, définit sous le mode de la critique une partie spécifique de la population genevoise qui a joué un rôle central dans la construction sociale et économique de la ville après la Réforme. Dès les années 1540, Genève accueille plusieurs milliers de migrants et notamment les réfugiés des persécutions religieuses qui frappent la France mais aussi d’autres régions d’Europe : les Flandres, la Péninsule italienne, les États ibériques et l’Angleterre.

La population passe de 13’100 à 21’400 individus entre 1550 et 1560 (avant les épidémies qui à la fin du siècle déciment à nouveau les citadins). Parfois simples passants démunis, tels anciens gens d’Eglise et savants pourchassés, parfois groupes familiaux organisés de riches marchands ou d’artisans souhaitant s’établir durablement, ces divers immigrants suscitent rapidement les blâmes d’une partie de la population qui craint la perte de ses privilèges politiques, la modification des usages traditionnels ou la compétition économique. Le combat des « enfants de Genève » contre Calvin attise ces tensions afin de solliciter le soutien des Genevois contre les ministres étrangers.

Les magistrats doivent faire face à de fréquents problèmes d’ordre public et le Consistoire doit s’employer à régler au quotidien des conflits identitaires. Une politique somme tout favorable à la concession de la naturalisation – ou droit de bourgeoisie – pour les étrangers et à l’exercice des activités économiques moyennant le payement d’une modeste taxe permet l’intégration sociale des réfugiés et favorise le développement des nouvelles activités manufacturières importées par les immigrants: la soierie, la draperie de laine et surtout l’imprimerie, qui devient l’activité économique marquant l’identité culturelle de Genève dans toute l’Europe.

Typographes et éditeurs genevois célèbres, comme Jean Girard, Jean Crespin, Conrad Badius, Robert et Henri Estienne, Laurent de Normandie, Antoine Vincent, mais aussi une foule d’artisans du livre moins connus ou anonymes, sont arrivés ici en parcourant les voies difficiles de l’exil religieux et de la précarité sociale. Tout au long de l’époque moderne, la République affirme cependant une politique ambivalente vis-à-vis de ses « avenants », les réfugiés pour la religion tout comme les migrants régionaux, en oscillant entre assimilation et exclusion suivant les périodes de besoin social et de crises économiques.

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