Côté chaire côté rue

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6 – Les psaumes

Les psaumes: conversion et unification confessionnelle par le chant

 

La conversion de Genève à la Réforme fut un processus relativement rapide, si l’on s’en tient aux institutions. Des premiers indices de diffusions des idées protestantes à l’abolition de la messe qui officialise la rupture avec l’Eglise romaine, il faut compte à peine dix ans ; la moitié, si l’on remonte aux premières traces d’un véritable activisme protestant dans la cité. La conversion des esprits et l’unité confessionnelle au sein de la population furent plus difficiles à obtenir. Beaucoup de moyens ont été déployés pour y parvenir. On a tenté d’obliger les Genevois à prêter serment sur une confession de foi. Des catéchismes ont été rédigés par Guillaume Farel et Jean Calvin. Des leçons de catéchisme ont été instituées. Un tribunal ecclésiastique – le Consistoire – a été érigé notamment pour débusquer les ignorants en matière de foi ou les mal-croyants et les contraindre à s’instruire dans les rudiments de la religion réformée. Mais l’un des vecteurs d’unification confessionnelle les plus efficaces a sans doute été le chant des psaumes.

Dès 1537, les pasteurs ont compté sur le chant pour stimuler l’ardeur religieuse et cultiver l’unité confessionnelle. Soumettant au Petit Conseil une série d’« Articles » destinés à donner à l’Eglise ses premières bases, Guillaume Farel et Jean Calvin proposent d’introduire le chant des psaumes dans les services divins. Pour familiariser progressivement les Genevois à cet usage, ils suggèrent d’enseigner le chant d’abord aux enfants, en espérant que les fidèles adultes apprendront peu à peu à les imiter. Dans l’immédiat, le projet tourne court. Les Ordonnances ecclésiastiques, adoptées en 1541 le relance. Elles prévoient en effet que l’on introduira les « chantz ecclesiastiques pour myeulx inciter le peuple à prier et louer Dieu. Pour le commencement on apprendra le petis enfans, puis avec le tous toute l’Eglise pourra suyvre ».

Il ne s’agit en réalité d’une révolution liturgique et symbolique. Jusque-là, le chant liturgique est encore affaire de spécialistes. Il contribue même à distinguer le plus souvent le monde des clercs auxquels revient l’exercice du chant, du monde des laïcs, généralement confinés au rôle d’auditeur. Tandis que les réformés abattent à Saint Pierre le jubé – cette barrière qui séparait la nef de l’église du chœur réservé aux clercs –ils élargissent aussi le chant liturgique à l’ensemble de l’assemblée. Ils rejettent aussi le chant polyphonique et font du chant à l’unisson le vecteur d’une unité soudée par la convergence étroite de la mélodie et du texte : à chaque note de mélodie correspond une syllabe du texte. Partisans du sola scriptura – l’Ecriture seule définit les conditions du Salut – ils excluent enfin du chant tout texte qui ne soit biblique et privilégient par conséquent le chant des psaumes.

Cette grande ambition se heurte cependant à bien des difficultés. Il faut traduire les psaumes. Le poète Clément Marot s’y attelle et son travail est mis à profit par Calvin dès 1539, puis relayé par Théodore de Bèze dès 1548. Au bout de plus de vingt ans d’effort apparaît enfin le premier volume du psautier réformé, appelé à devenir le manuel élémentaire de la dévotion réformée et le recueil exclusif du chant liturgique des Eglises calvinistes. Il faut encore composer de la musique et l’imprimer, ce que les imprimeurs genevois ne seront capables de faire qu’à partir de 1551. Il faut enfin enseigner le chant et la lecture des notes, raison pour laquelle les chantres réformés rédigeront très tôt des méthodes pour faciliter leur apprentissage. Malgré tout, l’expérience est parfois décevante, et les Genevois ne se contenteront pas de chanter les psaumes au temple, mais ils s’en réapproprieront les mélodies en leur collant des paroles grivoises pour les chanter dans les tavernes.

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Transcription du document CH AEG E.C. Genthod 1, f. 9

 

Premier registre de paroisse de Genthod, 1565

Premier registre de paroisse de Genthod (1565)

On chante au sermon ces pseaumes: 1, 3, 15, 24, 42, 119 Aleph et Beth , 129, 130, 128 [sic] et quelquesfois les Comandemens. On partit chesque pseaume en deux pour l’entree et l’issue du sermon. On chante a la Cene le 23 tout du comencement et le Cantique de Symeon tout a la fin, asçavoir devant la derniere priere et action des graces . On ne dit jamais la Paraphrase de l’Oraison de Nostre Seigneur en la priere . Je ne chantois pas voluntiers au sermon quant il n’y avoit nul homme qui m’aydast, mais bien avec un homme quand il n’y eust point eu de femmes ou filles pour ayder. Il y en a qui sçavent les Pseaumes a demy ou a dire apres les autres, mais d’ordinaire il n’y a que Pierre Chapusi, Godma , La Janne de Me. Monet, La Defosses, et la fille de la Gervaise, et quant il y a des survenans de Geneve.

AEG E.C. Genthod 1, f. 9

 

 

 

 

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Transcription du document CH AEG P.H. 1170

Premier texte de constitution de l’Eglise de Genève
Ce passage institue le chant des psaumes à Genève, 16 janvier 1537

C’est une chose bien expedient à l’edification de l’esglise de chanter aulcungs pseaumes en forme d’oraysons publicqs par les quelz on face prieres à Dieu ou que on chante ses louanges affin que les cueurs de tous soyent esmeuz et incités à former [pareilles] oraysons et rendre pareilles louanges et graces à Dieu d’une mesme affection. […] Certes comme nous faysons, les oraysons des fidelles sont si froides, que cela nous doyt tourner à grand honte et confusion. Les pseaulmes nous pourront inciter à eslever noz cueurs à Dieu et nous esmouvoyr à ung ardeur tant de l’invocquer que de exalter par louanges la gloyre de son nom. Oultre par cela on pourra cognoestre de quel bien et de quelle consolation le pape et les siens ont privé l’esglise, quant il ont applicqués les pseaulmes, qui doibvent estre frays champs spirituel, à murmurer entre eux sans aulcune intelligence. La aniere de y proceder nous a semble advis bonne si aulcungs enfans, aux quelz on ayt auparavant recordé ung chant modeste et ecclesiastique, chantent à aulte voys et distincte, le peuple escoutant en toute attention et suyvant de cueur ce qui est chanté de bouche jusques à ce que petit à petit ung chascun se accoustemera à chanter communement.

Le chant des psaumesCH AEG P.H. 1170

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Transcription du document CH AEG R.C. 41, f. 88v.

 

Table pour congnoistre quel seaulme l’on doibt chanter la dimenche et le mescredi, 11 mai 1546

Table pour congnoistre quel seaulme l’on doibt chanter la dimenche et le mescredi. Les prescheurs et maistre Loïs Bourgois, maistre des enffans, a dressé une table et ordonance pour congnoistre quel seaulme l’on doibtz chanster la dimenche à matin et le soir, et pareillement le jour de la priere, requerant cella faire imprimer pour affigé es portes des temples affin que nulz n’aye cause de ingnourance. Arresté qui soyt imprimé et affiger es portes.

Décision du Conseil: « Table pour congnoistre quel seaulme l’on doibt chanter la dimenche et le mescredi » (11 mai 1546)CH AEG R.C. 41, f. 88v.

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