Côté chaire côté rue

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9 – Deuxième période (1555-1575) : l’Eglise calviniste triomphante

De retour à Genève en 1541, Calvin travaille à la rédaction des Ordonnances ecclésiastiques et collabore aux Edits civils, deux textes fondateurs fixant l’organisation de l’Eglise et la forme du gouvernement. Les Ordonnances ecclésiastiques de 1541 instaurent le Consistoire, organe disciplinaire formé des pasteurs de la ville et d’anciens attachés aux 25 quartiers de la ville, nommés par le Petit Conseil. Sa mise en place, son fonctionnement et notamment le droit d’excommunication suscitent des tensions et vont opposer Calvin et ses partisans aux représentants de grandes familles, les Perrin, les Berthelier et les Favre, engagées dans les luttes d’indépendance de la Genève des années 1530, liées de près par leur réseau à l’exercice du pouvoir et d’orientation pro-bernoise. Le parti des « Enfants de Genève », que l’on appelle aussi les « Perrinistes », du nom de l’un de ses partisans, Ami Perrin, voit d’un mauvais œil l’ascendance des pasteurs.

Lors des élections de février 1555, les quatre syndics élus sont acquis au réformateur. L’accès en moins d’un mois d’une soixantaine d’habitants français à la bourgeoisie de Genève excite les tensions et une émeute, déclenchée par les partisans de Perrin, a lieu le 16 mai 1555.  Les Perrinistes sont forcés à quitter la ville. Des procès sont rapidement instruits, aboutissant à la condamnation à mort par contumace de quatre de ces plus influents représentants, dont Ami Perrin.

Cette émeute de mai 1555 mène au renouvellement de la classe politique formée désormais notamment par des hommes issus de l’immigration religieuse, acquis à Calvin et aux réformes qu’ils engagent. Cet évènement ouvre une période de consolidation de la Réforme dessinée par Calvin.

La Réforme entre alors dans un temps de stabilité, bien qu’elle soit marquée par le décès de Calvin en 1564. Cette période voit l’entrée en fonction de Théodore de Bèze (1519-1605). Recteur de l’Académie de 1559 à 1563, il conduit l’Eglise lors des maladies de Calvin et après son décès. Il poursuit la défense du Consistoire, menacé au milieu des années 1570 par une prise graduelle de pouvoir du Petit Conseil sur l’Eglise et par le renforcement de l’appareil judiciaire de l’Etat.

À la fin de l’été 1572, Théodore de Bèze doit faire face aux massacres de la Saint-Barthélemy perpétrés de Paris jusque dans les villes de provinces, un évènement qui conduira à l’écriture et à l’impression à Genève de son traité Du droit des Magistrats sur leurs sujets (1574), texte qui légitime la résistance face à un gouvernement devenu tyrannique. À l’automne 1572, les réfugiés affluent portant avec eux les premiers récits des évènements. À cette date, la ville sort à peine d’une longue épidémie de peste qui a duré trois ans. Dépourvue de moyens, elle en appelle à la solidarité des Cantons suisses. La peste de 1568-1571 aura été l’une des plus graves de l’histoire genevoise, fauchant, surtout dans les mois d’été (483 mort pour l’année 1568 et 113 pour le seul mois d’août 1568) et menant à la fermeture pendant quelques mois de l’Académie. La disette frappe en 1573-1574 avec des mauvaises récoltes, flambée des prix, cherté du pain et augmentation du nombre de pauvres.

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