Côté chaire côté rue

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11 – Discipline et contrôle social

L’impact le plus significatif de la Réforme sur la vie quotidienne résulte de la mise en place d’une institution originale de surveillance et de correction de la foi et des mœurs des fidèles : le Consistoire. Ce tribunal ecclésiastique a pour particularité d’être composé non seulement de pasteurs, mais aussi de douze représentants des différentes assemblées souveraines de la cité, que l’on désigne par le nom d’« anciens ». Le Consistoire contribue ainsi à réaliser l’idée luthérienne du « sacerdoce universel », en confiant à des « laïcs » des charges de nature ecclésiastique. Ce tribunal, établi par les Ordonnances ecclésiastiques de 1541, a exercé sur les habitants de la cité une surveillance extrêmement étroite au XVIe siècle.

L’espace urbain était quadrillé : anciens et pasteurs se répartissaient par quartiers et collaboraient avec les dizeniers, des responsables civils des quartiers (dizaines) de la ville. Certaines années, le secrétaire du Consistoire tenait simultanément plusieurs registres dans lesquels étaient conservés les procès-verbaux des interrogatoires auxquels le Consistoire se livrait et qui renfermaient des listes des personnes convoquées ou sanctionnées : les procédures engagées pouvaient être ainsi suivies avec beaucoup de rigueur si nécessaire. On a ainsi estimé qu’entre 1559 et 1569, un peu plus de 6% des adultes avaient été convoqués devant ce tribunal. Tous recevaient au moins une fois par an, souvent avant la communion de Pâques, la visite d’une délégation du Consistoire.

Les premières années, le Consistoire s’est préoccupé surtout d’instaurer l’unité de la foi au sein de la cité, pourchassant en particulier les croyances et rites catholiques. Il s’est ensuite davantage concentré sur les mœurs des fidèles, corrigeant les coupables de relations sexuelles hors mariage, d’ivrognerie, de jeu, de danse ou encore les enfants désobéissants. Habilité à adresser des remontrances aux contrevenants, à imposer des humiliations publiques accomplies durant le culte aux pécheurs scandaleux et à interdire de communion, voire à exclure de l’Eglise (excommunication) les impénitents, le Consistoire a été perçu comme un organe de répression. C’est oublier qu’il envisageait son action comme une « médecine » destinée à accompagner le retour du pécheur à une attitude pénitente et qu’une part importante de ses efforts visait à réconcilier les ennemis, les voisins ou les familles en conflit. Son action a beaucoup contribué à former le stéréotype d’une Genève « puritaine ».

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