Côté chaire côté rue

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4 – Exorciser l’idolâtrie: la conversion religieuse par l’iconoclasme

La destruction des images fut l’un des modes d’action qui permit aux premiers convertis de devenir acteurs des événements qui vont marquer le passage de la ville à la religion réformée. L’iconoclasme confond dans sa violence plusieurs sortes d’objets : des « images », telles que tableaux ou statues, des objets liturgiques – ustensiles, hosties – ou du mobilier liturgique, tel que croix, cloches ou autels, dont la plupart de ces derniers renferment des reliques.

Plusieurs motivations se mêlent à cette violence : le ressentiment contre les clercs, l’évêque en particulier, dont la souveraineté sur la ville fait obstacle à son émancipation politique, les moines et moniales accusés de détourner la charité chrétienne à leur profit, les prêtres plus généralement, dont on rejette la « tyrannie » sur les consciences par le biais de la confession. Elle constitue aussi une opportunité d’enrichissement, par la vente des images et objets de valeurs. Elle est aussi politique, dans le sens où le « nettoyage » des églises sanctionne la victoire des idées réformées. Elle demeure cependant avant tout religieuse parce qu’elle met à l’épreuve une certaine modalité de la présence du divin au monde. Décapiter la statue d’un saint, donner des hosties à manger aux chiens ou aux chevaux, fracturer les reliquaires ou démonter les autels revient à exorciser une présence matérialisée du sacré, soit en démontrant la mécanique d’une tromperie – les voix que l’on entendait auparavant dans tel autel ne sont que l’effet de tuyaux qui y étaient dissimulés –, soit en contraignant le divin à se défendre : l’absence de réaction du saint atteint dans son image apporte la preuve de l’impuissance de cette dernière.

L’iconoclasme de la Réforme genevoise se déploie en trois phases. La première correspond à une action de conquête. Les destructions signalent la dissidence religieuse en s’attaquant aux images disposées dans les lieux publics. Elles sont le fruit d’une violence clandestine.

La deuxième phase donne lieu à une violence purificatrice. Celle-ci explose au moment où les militants de la nouvelle foi s’emparent de lieux de culte qu’ils vident alors des supports matériels d’une dévotion traditionnelle qu’ils considèrent comme une idolâtrie et une souillure, parce qu’elle détourne en direction d’images fabriquées par la « créature » l’honneur dû au seul « Créateur ». Ce travail de purification intervient une première fois lors de la prise du couvent de Rive en mars 1534, puis une seconde fois, lorsque les militants investissent la cathédrale Saint Pierre, en août 1535.

La troisième phase commence lorsque les autorités s’efforcent de mettre fin à la violence collective en prenant le contrôle du processus d’élimination des traces de l’idolâtrie dans les églises. Il s’agit alors à la fois de rétablir l’ordre et de tirer profit de la vente des biens ecclésiastiques pour alimenter les finances de la cité et en particulier la charité publique. L’espace public est dépouillé de toute image religieuse et les églises profondément transformées. Non seulement les tableaux, les statues et les autels sont débarrassés, mais l’ensemble des images et des décors peints sur les murs sont recouverts d’un badigeon blanc. Les églises reçoivent ainsi style esthétique qu’elles conserveront durant tout l’Ancien Régime. Cette phase se prolonge jusqu’en 1556, lorsque la foudre tombée sur une croix qui ornait encore le clocher de la cathédrale sonne comme un avertissement divin et une incitation à achever le travail de purification. Toutes les croix qui se dressaient encore à ce moment-là en ville ou dans les paroisses de campagne sont alors définitivement abattues.

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Transcription du document CH AEG P.H. 1135, f. 1 à 3v.

 

« Divers inventaires des joyaux, meubles et effets trouvés dans les églises de Genève et leurs dépendances lors de la Réformation »
17 août 1535

Inventoyre faictz des Joyaulx de l’esglise sainct Pierre par messgrs les Sindicques assistantz d’iceulx les seigneurs sindicques Chicand et Philippin et Noble Glaude Savoex et Loys Dufour conseillers commis, present Reverend seigr Michiel Nauis chanoyne, messire Pierre Falconet, Jaques Morel et plusieurs aultres tesmoings assistant.
Messire Jaques Morelli ovrier d’icelle esglise revelle qu’il y a de perdu les pieces suyvantes.
Premierement la croix d’argent doré prinse au petit autel dernier le grand au bordon.
Item dedans l’armayre aupres de la porte du Revetisseur a esté pris ung calice, la coppe d’argent le pied pomeau et patene d’aultre matiere argentée.
Item audictz lieu a esté prinse la patene doree dor du calice du grand autel.
Item audictz lieu a esté prinse une bourse blanche a deux enchatres et en icelle la somme de vingtz et quatre solz en argent d’offertoyre.
Item auditz lieu on esté prinses deux ayguyeres d’estain.
Item auditz lieu priins deux chandelliers de fer.
Item auditz lieu une boyte et dedans icelle une livre de ensayn.
Item audit lieu prins unes torqueyses et ung martellet avecques quelques aultres besoignes.
Item un grand chandellier devant le grand autel prins troys grands syres du poys l’environ 30 livres.
Item au grand aultel (sic).
Item vers le grand crucifix en deux queysses douze chandoylles de syre du poys l’environ 15 livres.
Item en l’armeyre de sainct Anthoenne prins les relyqueyres de S. Alex d’argent fin, les relyques enchassés dans cristallin, aussi le reliquayre de sainct Anthoenne en argent ou cuyvre doré.
Item audict armeyre une bourse de damas ver, en ycelle plusieurs reliques.
Item audict armeyre prins ung calice et une tasse d’estain.
Item prins en l’armeyre de la chappelle de Nostre Dame 3 ampolles d’estain ou hon reposoit la saincte Creme, et chescune tenoyt l’environ deux quarterons. Prins aussi audict lieu troys petys flascons d’estain.
Dedans le revetisseur sont estés trovés les joyaulx suyvant.
Premierement une rose d’argent dorée avec son pied de cuyvre dorée.
Item deux grands bastons d’argent.
Item le test (texte) de l’evangille d’argent quelque peult doré.
Item une table d’argent en la quelle a ung crucifix out sont des reliques.
Item une main et ung pied d’argent a folliage.
Item ung offertoyre d’argent que se porte aux Roys et dedans ung reliquayre d’argent doré out il az une dent de sainct Pierre.
Item ung reliquayre de cuyvre doré out il az des reliques.
Item une table d’argent et dedans de boys au quel est sainct Bartholomé doré.
Item ung offertoyre d’argent pour les Roys.
Item ung escrin de boys argenté ou sont dez reliques des Innocentz; c’est ung pied.
Item une petite boyte.
Item une petite croys d’argent avecque son pied doré et dedans quatre pieces de boys de la Croix.
Item deux chandelliers, ung ensensier et une navete d’argent.
Item ung calice et sa patene d’argent doré de la chappelle de sainct Anthoenne qu’ast esté remys en l’arche d’icelle chappelle.
Item un baston d’argent out sont les armes de de Malvenda.
Item ung torribule d’argent doré ensemble navete d’argent doré.
Item ung collatere out il az ung fremault d’argent.
Item la paix d’argent doré a ung crucifix esmaillié.
Item la custode d’argent doré.
Item une Nostre Dame d’argent, le pied de cuyvre.
Item deux ayguyeres d’argent out sont les armes de Albie.
Item le grand messal les fremaulx d’argent.
Item une croys avec que son pied d’argent doré.
Item sainct Pierre avecque son pied et ses clefz d’argent doré.
Item une petite croys d’argent doré que l’on met a l’evesque disant messe, dans icelle du boys de la Croys.
Item deux petites ayguyeres de cristallin enchassés en argent doré.
Item deux petites queysses et ung reliquayre de boys covers d’argent doré.

« Divers inventaires des joyaux, meubles et effets trouvés dans les églises de Genève et leurs dépendances lors de la Réformation » (17 août 1535) - fol. 1 recto

« Divers inventaires des joyaux, meubles et effets trouvés dans les églises de Genève et leurs dépendances lors de la Réformation » (17 août 1535) - fol. 2 recto

« Divers inventaires des joyaux, meubles et effets trouvés dans les églises de Genève et leurs dépendances lors de la Réformation » (17 août 1535) - fol. 3 recto

« Divers inventaires des joyaux, meubles et effets trouvés dans les églises de Genève et leurs dépendances lors de la Réformation » (17 août 1535) - fol. 3 verso

CH AEG P.H. 1135, f. 1 à 3v.


Transcription: Inventaire des documents contenus dans les portefeuilles historiques et les registres des Conseils avec le texte inédit de diverses pièces de 1528 à 1541, publiés par F. Turrettini avec le concours de A.-C. Grivel , Genève, 1877, p. 120 et suivantes.

Transcription du document CH AEG R.C. 51, f. 255v.-256

 

La foudre s’abat sur la croix du clocher de Saint-Piere
10 août 1556

Fouldre au clochier S. Pierre du rologe [horloge] a pointe. Icy Thivent de Baptista, guex, a hurté à la porte annunçant que le feu estoit en la pointe du clochier S. Pierre. Parquoy promptement chacun s’est levé pour aller au secours.

Or, comme on a trouvé et veu occulairement et moymesmes ay visité, estans faitz grands toneres la foudre a frappé sus le pomeau de cuyvre doré d’or, estant dessoubz la croix du clochier pointu de S. Pierre, lequel pomeau elle a percé de part en part faisant ung pertuys rond de la grosseur de deux doigs et de là est entré dedans le clochier en apres avoir quelque temps fumé, la flamme en est sortie et a bruslé depuys la pointe jusques à la cloche du reloge. Tellement que ladite croix est tumbee sus le toit de la crotte [grotte] S. Pierre et a percé ledit toit sans totesfois percer la crotte. Il y a heu une douzaine de compagnons estans aux clervoys dudit clochier et là où estoit ce feu, lesquelz a l’ayde de Dieu ont heu grande peyne et en grand dangier comme environnez  de feu. Tellement que Dieu est à remercier qu’ung tel dangier ne se soit estendu plus loing et entre aultres choses ceste cy est notable que la munition et poudre estant au dessus et au sougon  de la chapelle du Cardinal a esté subitement transporté en la maison de la Ville. Et les greniers estans dessoubz preservez indemnez combien que le feu soit tombé à quatre ou cinq pieds prez du lieu de ladite munition. On a employé grande quantité de vin pour esteindre le feu. L’eau ny a pas fally, graces à Dieu, veu mesmes que pendant ledit ovaille* il n’a cessé de pleuvoir fort.

De sorte qu’en tout tel accident nous povons recuillir une grand bonté de Dieu de nous avoir si gratieusement visitez veu que c’estoit honte que telle croix et comme marque ou enseigne de la diablerie papalle fut là laissee.

Et generalement nous avons à nous humilier recognoissans la main forte du Seigneur et le prier de detourner son ire en dessus noz pechez, nous recevant a sa misericorde et preservant par sa bénignité à son honneur et gloire avancement de son Eglise et de ceste pauvre cité et republique et à la confusion de ses ennemys  meschans ennemis et qui de ses verges se moqueront ou en auront rejouissance.


* Catastrophe naturelle (tempête, gel, incendie, etc.).

Suppression des croixCH AEG R.C. 51, f. 255v.-256r.

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