Côté chaire côté rue

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5 – Les enfants, acteurs de la réforme

La place des enfants a été importante à plus d’un titre dans la Réforme genevoise. Ils ont joué, dès le départ, un rôle actif. Le récit que le réformateur Antoine Froment donne de ces événements souligne leur participation aux moments clés de la Réforme et démontre par là que c’est en réalité Dieu lui-même qui agit à travers les enfants. Selon ce récit, les enfants constituèrent dans un premier temps des acteurs centraux de la diffusion des nouvelles idées religieuses dans la ville. Quelques années plus tard, lorsque ces mêmes idées auront gagné un nombre suffisant de partisans pour que les rapports de force politiques au sein de la cité commencent à basculer en leur faveur, on retrouve les enfants au cœur de l’action. Le 8 août 1535, les militants de la nouvelle foi s’emparent de la cathédrale et s’y livrent à des actes d’iconoclasme. Selon le même récit, ce sont les enfants qui initient une violence iconoclaste interprétée comme un acte purification des églises, ainsi débarrassées des signes de l’idolâtrie.

Les enfants sont aussi un enjeu de la Réforme. L’un des premiers actes que les partisans de la nouvelle foi accompliront en vue de se constituer en communauté séparée, fut la célébration d’un baptême : célébré par Pierre Viret lui-même, il eut lieu le 22 février 1534. L’usage était alors de tisser des réseaux d’alliance étroite par le biais de la désignation de parrains et de marraines. Même s’ils rompaient avec la théologie catholique du sacrement baptismal, les réformés maintenaient cet usage en choisissant pour les premiers enfants baptisés au sein de leur communauté naissante, des parrains puissants en la personne de deux représentants de la ville réformée de Berne.

A l’inverse, la victoire progressive des idées réformées se traduit l’année suivante par l’abolition d’un autre usage en rapport avec le baptême : il consistait à placer un enfant mort à la naissance sur un autel ou devant une image miraculeuse, susceptible par conséquent de lui rendre la vie un court instant, le temps de procéder à un baptême, qui lui assurait le salut et lui évitait un séjour éternel dans les limbes. Constatant, selon les termes de son secrétaire qu’ « on n’en a jamais vu revenir à la vie », le Petit Conseil interdit aux moines augustins de Notre-Dame-de-Grâces d’accueillir des enfants morts pour les présenter devant l’image de la Vierge réputée pour son efficacité miraculeuse. Le Conseil ne s’est cependant pas contenté de cette interdiction. Il profite également de l’occasion pour réquisitionner la cloche qui annonçait le miracle à toute la ville afin de la fondre et d’en utiliser le métal pour fabriquer des canons.

Aux lendemains de la Réforme, le rôle des enfants ne cesse pas et se déploie même de manière assez paradoxale. Si l’on s’efforce de mettre en place des institutions scolaires afin de pourvoir à leur instruction et s’il leur incombe d’entrainer au temple le chant collectif des psaumes, on compte également sur eux pour assurer l’instruction de… leurs parents. On se trouve en effet durant les premières années de la Réforme dans cette situation étrange où les parents ont acquis leur bagage religieux dans un contexte catholique et où leurs enfants grandissent et s’instruisent dans le cadre de la nouvelle foi, devenant ainsi plus compétents et plus conformes dans leurs croyances à la religion de la ville que leurs parents. Le Consistoire veillant à l’instruction de tous n’hésitera pas à ordonner à certains d’entre eux de s’adresser à leur progéniture pour acquérir les rudiments de la foi réformée.

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Transcription du document CH AEG Mss. hist. 5, f. 27-28

 

« Les actes et gestes chrestiens et civilz de Genève et comment ils ont receu l’évangille, rédigé par escript en manière de chroniques annuales ou histoyres par Anthoine Froment » (1549-1550)
Récit de novembre 1532

[…] et de mettre des billets par tous les carefours de la ville (qu’on appelle escripteaux) affin qu’il peult commencer à prescher dans Geneve; la teneur des billets estoit telle:

Il est venu ung homme en ceste ville qui veult enseigner à lire et escripre en Françoys dans ung mois, à tous ceulx et celles qui vouldront venir, petites et grands hommes et femmes, mesme à ceulx qui iamais ne fuent en escolle. Et si dans le dit mois ne scavent ni lire et escripre ne demande rien de sa peine. Lequel trouveront en la grande salle du Boytet, près du Mollard, à l’enseigne de la Croix d’or. Et si guerit beaucop de malladies pour neant.

Quand les escripteaux furent placquez et mis parmy la ville, ung cahscun selon son advis en lectoit sa sentence, les ungs en bien, les aultres en mal. Les ungs disoyent; ie l’ay ouy parler, mais il dict bien: des aultres disoyent; c’est un de ces mechans Lutheriens qui nous veult abuser: et des aultres c’est un dyable qui enchante tous ceulx qui le vont ouyr, car incontinent qu’on la ouy il enchante les gens. Si est ce neantmoins qu’ils ne peulrent tant faire qui n’eux beaucop d’enfant à enseigner : ausquels monstroit non seullement à lire et à escripre, mais sa Religion, leur faisant tous les iours un ou deux sermons de la Ste Escripture au nouveau Testament. De quoy estoient  fort estonnez, car iamais n’avoient ouy telle doctrine: laquelle chose les enfans racomptoyent à leurs peres et meres, et à plusieurs aultres hommes et femmes parmy la ville, les incitant à venir ouyr cest homme, qui estoit venu de nouveau: car il enseigne disoyent ils tout aultrement que les Prebstres et aultres n’ont accoutumé de faire: et à la relaxion de ces enfans plusieurs hommes et femmes l’alloyent ouyr prescher, en celle salle, les ungs par curiosité et moquerie, les aultres pour estre instruits: mais non pas sans grandes murmures moqueries et contredictions, les ungs contre les aultres. Touteffoys le nombre d’iceulx croissoit et augmentoit grandement de iour en iour, et ceulx qui l’oyoyent et concepvoient en leur cueur quelque intelligence exortoyent leurs parens amis et voysins, et le amenoyent par subtils moyens pour ouyr cest homme.

Récit d'Antoine Froment (novembre 1532) - fol. 27 rectoRécit d'Antoine Froment (novembre 1532) - fol. 27 verso

 

 

Récit d'Antoine Froment (novembre 1532) - fol. 28 recto

CH AEG Mss. hist. 5, f. 27-28.


Transcription: Les Actes et Gestes merveilleux de la Cité de Genève  par Anthoine Fromment, mis en lumière par Gustave Revilliod, Genève, 1854, pp. 13-15.

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Transcription du document CH AEG R.C. 28, f. 49v.

 

Faux miracles, 10 mai 1535

(N. Da. de Grace.) — Ibidem fuit loquutum de illis falsis miraculis que asseruntur fieri in illo lapideo templo Augustinorum, quod dicunt Nostre Dame de Grace, quod sit contra Deum permictere quod illic afferantur infantes mortui et per cujusdam muliercule inibi quotidiane expectantis testimonium publicetur illos resurrexisse, licet nullus redivivus ibidem visus fuerit. Quapropter fuit desuper resolutum quod d. sindici illuch vadant dicantque d. sacriste ejusdem loci et eisdem inhibeant ne abinde aliquos in eadem capella recipiant nec recepi permictant infantes ad talem effectum, subpena indignationis civitatis. Hoc neominus poterit cras in consilio ducentenario poni, nisi ipsi velint per sanctas scripturas substinere illud fieri posse.

On parla de ces faux miracles que l’on dit que l’on fait dans l’Eglise des Augustins, qu’on appelle Nôtre Dame de grace, ce qui est contre Dieu de permettre qu’on y apporte des enfants morts, et qu’une certaine femmelette qui y est tous les jours témoigne et publie qu’ils sont ressuscités, quoi qu’on n’en ait vu aucun qui soit retourné en vie. C’est pourquoi on résolut que Messieurs les Syndics y iraient et défendraient au sacristain dudit lieu de recevoir ou de permettre qu’on reçoive dans ladite chapelle aucun enfant pour un tel effet, sous peine de l’indignation de la ville, à moins qu’ils ne veuillent soutenir par les Saintes Ecritures que cela se peut faire.

Faux miracles (10 mai 1535)CH AEG R.C. 28, f. 49v.


Traduction :  “Extraits des registres public d’après Flournois” , in Anthoine Froment, Les Actes et gestes, mis en lumière par Gustave Revilliod, Genève, Fick, 1854, p. CXXVI.

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