Côté chaire côté rue

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10 – La réforme dans l’espace public

On a souvent présenté la Réforme comme une entreprise de désacralisation de l’espace, parce qu’elle ne considérait plus les églises comme des lieux de grande proximité avec le divin. Elle a en réalité plutôt refusé l’ancienne distinction forte entre espaces profanes et sacrés, au profit d’une conception de la ville comme étant à la fois placé sous l’œil de la providence divine et entièrement consacrée au divin.

Cette conception se traduit visiblement dans la cité peu de temps après sa conversion à la Réforme et perdure tout au long de l’époque moderne. Dès 1542, on décide de placer aux portes de la ville des « Jésus », c’est-à-dire le sigle JHS, au-dessus des armoiries, plaçant ainsi la cité sous la protection du divin. En 1555, lorsque le parti calviniste remporte une victoire finale sur l’opposition intérieure portée par les « Enfants de Genève », on fait graver une plaque qui proclame hautement que cet événement constitue l’effet de cette même protection.

Cette idée s’exprime de la même manière dans les prières que les secrétaires du gouvernement placent en tête de leurs registres ou dans celles qu’élèvent les ouvriers chargés de l’édification des fortifications. Mais cette protection s’inscrit aussi dans une relation d’échange : elle suppose effectivement que la vie des Genevois s’ordonne tout entière en conformité à la volonté divine : c’est ce que rappellent les dix commandements qui ne sont pas seulement affichés dans les temples de la ville ou de la campagne, mais aussi dans les Halles où se déroulent les activités commerciales ou dans la pièce où l’on rend la justice.

Ainsi se dessine, des lieux de culte aux lieux publics, une continuité de la présence divine par la présence de ses commandements, qui est typique de la Réforme.

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Transcription du document Mur collatéral nord de la Cathédrale Saint-Pierre

 

L’inscription commémorative des événements de 1535 (1558)

Cathédrale, mur collatéral nord

En 1535, après la destruction de la tyrannie de l’Antéchrist romain et l’abolition des superstitions, la sainte religion de Christ a été ramenée ici à sa pureté véritable, l’Eglise rétablie en un meilleur ordre par un singulier bienfait de Dieu, et, une fois ses ennemis repoussés et mis en fuite, notre ville a reconquis la liberté suprême par un miracle étonnant. C’est pourquoi le Sénat et le peuple genevois ont fait ériger ce monument en cet endroit, pour en perpétuer le souvenir et pour témoigner de leur reconnaissance envers Dieu.1

Inscription commémorative des événements de 1535. Plaque posée en 1558 sur la façade de la Maison de VilleMur collatéral nord de la Cathédrale Saint-Pierre


1Traduction libre par Frédéric Gardy :

Frédéric Gardy, « L’inscription commémorative des événements de 1535 », in Bulletin de la Société d’histoire et d’archéologie de Genève, 6 (1935), pp. 49-58.

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Transcription du document CH AEG R.C. 55, f. 1

 

Prière de Michel Roset figurant en début du volume des procès-verbaux du Petit Conseil, 1559

Or en ce commencement, je prie le Seigneur pere et autheur de ceste Republique, Que comme il nous a aimez nous delivrant des tenebres, de Tirannie, des trobles et corruptions si dangereuses esquelles nous estions plongez, pour nous amener en cest estat si heureux auquel nous sommes aujourd’huy, Qu’il luy plaise nous proteger, garder et maintenir, contre totes les entreprises du Diable, des Tirans, Conspirateurs, meschans et envieux. Et puys que nous dépendons du tout en luy, Qu’il soit aussi tout nostre secours et refuge. Et que par son saint Esprit il gouverne tellement les magistratz et officiers de ceste sienne république, que vraiement Tous luy servions, l’ayans toujours devant les yeux, aymans les bons et punissans les mauvais et faisans chacun en son endroit et tous ensemble, comme vrays serviteurs et commys de sa majesté, Exauce noz prierez Seigneur par ta grande bonté et miséricorde, car nous sumes fondez en tes promesses infallibles. Amen. M. Roset.

Prière placée en tête de registre par le secrétaire du gouvernement (1559)CH AEG R.C. 55, f. 1

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