Côté chaire côté rue

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15 – La vie intime devant les juges

Au XVIe siècle, les peurs engendrées en Europe par les épidémies de peste, les incertitudes politiques et les guerres de religion provoquent un durcissement des peines. Les poursuites pour hérésies et dénonciations des sorcières et « boutes-pestes » se multiplient.

Genève n’échappe pas à ce climat anxiogène et doit en outre adapter ses pratiques judiciaires à une nouvelle situation politique et religieuse. Jusqu’à la Réforme, les justices civile et ecclésiastique dépendent de l’autorité de l’évêque, alors que la justice criminelle est sous l’autorité des syndics de Genève. Les procès se déroulent publiquement sauf pour les crimes méritant peine corporelle ou capitale jugés selon une procédure inquisitoire secrète, écrite et autorisant la torture.

De 1526 à 1535, la disparition du tribunal ecclésiastique suite au départ de l’évêque et de la maison de Savoie provoque une réorganisation des institutions judiciaires.

Certains édits ou ordonnances motivés par la volonté de réformer les comportements ont des conséquences sur la vie quotidienne de la population. Il arrive, comme en 1566 lors de l’adoption de l’édit contre les paillardises et adultère, que les citoyens manifestent en Conseil général leur opposition et leur colère.

Bien que l’Eglise réformée revendique une non-ingérence dans les affaires politiques et judiciaires de la ville, le Consistoire n’hésite pas à renvoyer devant la justice le blasphémateur récidivant ou toute personne qui résiste aux remontrances consistoriales. Lorsque les ministres estiment les syndics trop cléments à l’encontre des coupables de dérives morales, ils s’en plaignent au Petit Conseil. De 1550 à 1570, l’activité conjointe du Consistoire et de la justice attisent ainsi à plusieurs reprises le mécontentement de la population contre les magistrats trop influencés par les ministres.

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Transcription du document CH AEG P.C. 1ère série 1418

 

Sentence prononcée contre Bernard Pergot, décapité pour bigamie, 1567

Nous syndiques juges des causes criminelles de ceste cité, Aiant veu le proces criminel fait et forme par devant nous à linstance et poursuite de nostre lieutenant esdites causes instant contre toy Bernard fils de feu François Porgo de Cheiseriez en Bourgogne parlequel et tes volontaires confessions souvent faites en nos mains nous conste et appert que contre lordonnance de Dieu et ta propre conscience, tu as viole le sainct estat de mariage ayant espouse une seconde femme la tienne premiere vivant encore sans avoir heu occasion de te séparer dicelle et quen ce tu tes monstre perjure et deloyal non seulement à Dieu mais aussi à son Eglise et auxdites femme et icelles parce moyen exposees avec leurs enfans en ignominie. Cas et crime méritant griesve punition corporelle. A ces causes et autres instes nous à ce mouvante seans au tribunal au lieu de nos ancestres selon nos ancienne coustumes, après bonne participation de Conseil avec nos citoiens, aiant Dieu et ses sainctes Escriptures devant nos yeux et invoque son sainct nom pour faire droict jugement disans au nom du pere du fils et du sainct esprit amen par ceste nostre diffinitive sentence laquelle donnons icy par escript. Toy Bernard Porgo condamnons à estre lié de cordes mené en la place du Molard et la avoir la teste coupee de dessus tes espaules fasson acoustumé tellement que lame soyt separee de ton et ainsi finiras tes jours sous forme dexemple aux aultres qui tels cas voudroient comettre

Et avons notre lieutenant commander de mettre notre sentence a entiere execution

Prononcee le XXIIIIe jour de juillet 1567 / et ledit jour executee

Sentence prononcée contre Bernard Pergot, décapité pour bigamie (1567)AEG P.C. 1ère série, 1418

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