Côté chaire côté rue

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20 – Commémorer la Réforme ? Le temps dilaté de la mémoire

Alors que le centenaire de la Réformation luthérienne est largement célébré en automne 1617 à travers toute l’Allemagne protestante ‑ jusqu’au Danemark et en Suède ‑ par diverses festivités à l’initiative de l’Université de Wittenberg et de l’électeur de Saxe, l’année séculaire n’est ponctuée à Genève d’aucune commémoration particulière.

La date anniversaire n’en est pas moins dans tous les esprits lors de la cérémonie des promotions du collège en mai 1617. Dans le discours qu’il prononce à cette occasion, le recteur de l’Académie Théodore Tronchin s’attache, « en cette année anniversaire d’une Église pleinement restaurée et délivrée de la servitude », à retracer l’historique des diverses célébrations jubilaires depuis les jeux séculaires de l’Antiquité, pour mieux dénoncer la formule adoptée par la Papauté et faire l’éloge de Martin Luther («ce véritable héros, sans égal») et d’Ulrich Zwingli («le très valeureux serviteur du Christ»), qui se sont élevés contre le « trafic infâme » des indulgences. De manière significative, Zwingli se trouve ici associé à Luther.

Le 1er janvier 1619, les députés genevois au synode de Dordrecht (1618-1619) Théodore Tronchin et Jean Diodati sont conviés par le théologien zurichois Johann Jakob Breitinger à commémorer le centenaire de la première prédication de Zwingli à Zurich.

Le centenaire de la Réforme genevoise ne donne pas lieu à de semblables cérémonies. C’est une nouvelle fois dans le cadre exclusif des promotions du Collège que le jubilé genevois est commémoré en 1635. Le recteur de l’Académie Frédéric Spanheim exalte alors la Geneva restituta dans un discours où « le fameux Martin Luther, ce second Élie pour l’Allemagne, animé d’un courage héroïque et même divin » n’est pas oublié. Ce texte est aussitôt imprimé, de même que Le Genevois jubilant de Jacob Laurent.

Il faut attendre 1735 pour que la commémoration officielle de la Réformation genevoise fasse l’objet d’une célébration particulière d’action de grâce sur le modèle des jubilés zurichois, bernois et neuchâtelois auxquels des représentants de Genève ont été invités. La date retenue est le 21 août, jour de la suspension de la messe par le Petit Conseil, à laquelle le début de la Réforme à Genève a toujours été jusque-là associé.

Ce n’est qu’au XXe siècle, à l’occasion du 400e anniversaire de la Réformation genevoise, que la date de l’adoption de la Réforme par les citoyens et bourgeois de Genève le 21 mai 1536 s’est imposée.

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